Jonh Hugues: (14 Juin 1994)
Le Festival d'Alda-Chur
Comme sur notre propre globe, nombre des jeux de l’antique losange se déroulent dans l’atmosphère particulière d’un festival. Les notes qui suivent exposent un peu de théorie pour concevoir des festivals, puis donnent des exemples tirés du festival alda-churis de la Nouvelle flamme, fondés sur ma longue campagne (quoique intermittente) du Pic de fer. Une histoire de la région y est jointe. Cela relève autant de mon intérêt à donner du relief aux religions gloranthiennes que du jeu. J’y glisse tout de même quelques pistes d’intrigue, j’espère.
1ère Partie : Théories "Pratiques" d'un Festival - Concevez le Vôtre
Sur Glorantha, la plupart des festivals sont directement liés au culte ou descendent d’un événement à l’origine religieux. Les jeux de toutes sortes occupent le centre de la plupart des activités festives. Si les paragraphes suivants sont de la théorie, j’espère qu’ils restent assez concrets pour permettre aux MCD (Maîtres de la Chance et de la Mort) de concevoir leurs propres fêtes religieuses, gloranthiennes ou terriennes. Les traits majeurs des festivals sont l’inversion de la vie quotidienne (règle des Fous, abolition temporaire des règles morales, hommes habillés en femmes, etc.) et la sacralisation (la mise en sainteté) des mêmes activités ordinaires. Lors d’un festival, les gens font ce qu’ils ne font pas d’habitude, s’abstiennent de ce qu’ils font d’ordinaire, poussent à l’extrême des conduites d’ordinaire mesurées par la coutume, inversent les pratiques de la vie sociale normale. C’est la règle du Désordre, le royaume du Trompeur.
Les « briques » qu’un MCD peut employer (en tout ou partie) pour bâtir un festival sont les suivantes :
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Concécration
Le rite d’encadrement qui ouvre un festival consacre un espace (champ, temple, cité…), en modifie la fonction quotidienne et efface le sens habituel du temps et de l’espace. On dégage une zone, on la marque, on la bénit, on l’orne et on l’interdit à l’activité normale. En pratique, la zone devient un Axis Mundi, avec des liens plus étroits au plan des esprits et au plan des dieux. Dans les grandes fêtes, cela peut signifier que les esprits se manifestent ou prennent une forme « solide », que les dieux se promènent dans les rues, etc. Le temps devient un « hors-temps », un temps sacré, l’exemple le plus évident étant le Temps sacré lui-même.
La consécration implique souvent des rites de purification ou de nettoyage centrés sur le feu, l’eau ou l’air, ou sur l’expulsion rituelle d’un bouc émissaire emportant le « mal » et la « culpabilité » hors de la communauté. Les mêmes rites peuvent viser à protéger la limite pour tenir le mal à distance, en général par une procession d’un objet ou d’une personne sacrée le long du pourtour.
Les rites de passage marquent le passage d’un stade de vie ou d’un état de conscience au suivant. On peut leur donner un relief particulier en les intégrant au festival : initiation, mariage, prise de vœux professionnels, militaires ou religieux, débuts de quête héroïque, exécution publique de criminels (parfois en tant que sacrifices).
Les rites d’inversion renversent à la fois l’ordre social (« Tiens, je peux m’habiller en homme et donner des ordres ! ») et le consolident en laissant aux mécontents libérer la pression de façon contrôlée. Tous les symboles sont retournés : hommes en femmes, femmes en hommes, enfants commandant aux adultes, ramasse-bâtons ordonnant les festins et portés en triomphe par des thanes. Même les espaces sacré et profane (temples, abattoirs) peuvent être employés à l’envers.
Les rites d’ostentation sacrée permettent à la communauté de voir, toucher et vénérer ses objets les plus sacrés. Les sanctuaires s’ouvrent, reliques et objets magiques sont exposés, provoquant souvent des pèlerinages depuis les communautés voisines. Les fractions dirigeantes exhibent en procession publique leurs symboles de richesse et de pouvoir, accompagnés de musique, décorations et bannières, renforçant ainsi leur autorité et leur puissance.
Les rites de consommation ostentatoire et d’excès concernent nourriture, boisson et parfois sexe. Des mets spéciaux et exotiques préparés à l’excès sont un excellent moyen de représenter et de savourer abondance, fertilité et prospérité (sauf si l’on est une bête de troupeau). Les aliments rituels peuvent évoquer les secrets cultuels et la communication avec les ancêtres. Orgies et festins d’amour rompent les barrières imposées par la hiérarchie et la loi. Dans certains cas, des biens de grande valeur matérielle et symbolique sont rituellement consumés, gaspillés ou détruits. Des esclaves ou des prisonniers peuvent aussi être sacrifiés pour la même raison.
Les drames rituels sont la recréation publique des mythes ; ils mènent souvent à des quêtes héroïques rituelles pour assurer la prospérité de la communauté (par ex. les rites du Temps sacré contre les Ténèbres). Leur sujet est souvent un mythe de création, de fondation ou de survie de la communauté hôte. Parfois, les esprits d’ancêtres héroïques se matérialisent pour participer à la recréation rituelle de leurs exploits.
Les rites d’échange expriment l’égalité rituelle des membres de la communauté. Lors d’une foire, on échange argent, sorts et biens. À un niveau plus abstrait et symbolique, on peut échanger informations, cadeaux ou hospitalité. Pardon public des crimes, remise de dettes ou actions de grâce pour la prospérité peuvent prendre la forme de redistributions patronnées par une institution publique ou un particulier.
Les rites de compétition constituent en général l’élément cathartique du festival sous forme de jeux organisés. Ils revêtent mille formes et sollicitent de nombreuses aptitudes : athlétisme, danse, récit, théâtre, concours de beauté, loteries, expositions agricoles et d’élevage. Les jeux montrent comment l’égalité peut se transformer en hiérarchie — « gagnants » et « perdants ». Les combats rituels, en duel ou en bataille simulée, forment un sous-ensemble particulier. Ils peuvent être fixés à une forme dramatique et à une fin obligatoire, ou prendre un tour plus puissant quoique imprévisible lorsque des égaux ou quasi-égaux endossent divers rôles cultiques pour rejouer les luttes de la cosmogonie (Lumière contre Ténèbres, Soleil contre Tempête) ou de la communauté (Uz contre Humain, Loi contre Chaos, Cité contre Nature, Homme contre Femme). Ils symbolisent le rétablissement du pouvoir sur l’« anarchie » de l’égalité ; aussi les concours les plus importants ont-ils lieu vers la fin du festival, juste avant le retour à la vie normale.
Le rite du retour clôt le festival et rétablit les conditions ordinaires. Il est très proche (mais à l’inverse) de l’ouverture par consécration et purification. Les limites sacrées sont levées et la communauté retrouve le réel profane.
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Références sur les Festivals
Homo Ludens : essai sur la fonction sociale du jeu, Johan Huizinga (1955) ;
Les jeux et les hommes, Roger Caillois (1961) ;
Time out of Time — Essays on the Festival, sous la direction d’Alessandro Falassi (1987).
Ma morphologie du festival est adaptée de l’essai liminaire d’Alessandro.
2ème Partie: Fond Historique et Culturel
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Les Tribus d'Alda-Chur vers 1620 S.T. [telles qu'envisagées en 1994]
(Sources :
King of Sartar,
Gods of Glorantha,
Rough Guide to Boldhome V1, livret
RQ-Con.)
Remarque : Helena Lance-de-vérité est une figure de ma campagne personnelle et de la série de modules du Pic de fer pour convention. Toutes les autres personnes citées sont « réelles » et officielles jusqu’à ce que Greg change d'avis

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Alda-Chur fut autrefois partie du Tarsh et ne rejoignit Sartar que récemment (1583), après que des influences lunar et des rois alignés sur la Lune eurent divisé le royaume du nord. Les tribus de Lieu lointain sont rudes et entêtées. Exilés de Tarsh de longue date, ils ont affronté régulièrement armées tarshites et lunar, pillards sartarites, le Chaos issu du Creux de la Flûte-serpent, des Uz de Dagori Inkarth, des Monteurs de sangliers de la Forêt puante et l’occasionnel géant. Plus récemment, les intrigues politiques centrées sur Alda-Chur elle-même ont aussi coûté de nombreuses vies.
La tribu dominante de la confédération alda-churis est celle des Vantaros, menée par le prince Yelmalio Havar Poing-de-Fer. Ses partisans sont pro-lunar, avec un noyau de fidèles Yelmalio solaires traditionnels (et conservateurs). Gargarth le Chasseur est le dieu tribal. Helena Lance-de-vérité, Cimeterre de Yanafal Tarnils, est la jeune cheffe populaire de la faction pro-lunar plus progressiste, favorite de Fazzur l’Instruit.
NB : Poing-de-Fer devient de plus en plus conservateur dans sa voie solaire et aspire au culte de Yelm. Il s’est aliéné la plupart des autorités lunars. Les alliés traditionnels des Vantaros sont les Princeros, eux aussi dominés par Yelmalio.
La tribu des Tovtaros est plus orlanthi traditionnelle, quoique appauvrie en force et en nombre depuis l’échec de la Révolte du Vent Vertueux (1611). Comme la plupart des Orlanthi du Nord, ils sont devenus vénérateurs de la « Terre » (Ernalda ou Barntar), de sorte que le Festival de la flamme est devenu un foyer de sédition et d’intrigue.
La tribu sartarite par tradition des Dinacoli s’est ralliée à Poing-de-Fer pendant la Révolte de Front-étoilé (1613), puis a rejoint la confédération alda-churis. Ce sont des acteurs mineurs et ils ne partagent pas la langue tarshite. Populairement méprisés comme ignorants venus de l’extérieur, les Dinacoli apportent pourtant un appui important aux éléments pro-orlanthi parmi les tribus du nord.
D’autres tribus de la confédération sont les Tres et les Amad, autour de Solitaire. Elles comportent un fort élément orlanthi, mais s’immiscent peu dans la politique d’Alda-Chur.
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Histoire des Alda-churis
Voir
https://myth-o-logic.org/glorantha/on-s ... imeline-2/
En Google pseudo-VF:
https://myth--o--logic-org.translate.go ... r_pto=wapp
3ème Partie: Le Festival de Fertilité de la Nouvelle Flamme
Voici mes notes de campagne pour le festival. J’espère un jour en faire un scénario ou une nouvelle courte, peut-être en lien avec un article « Glorantha des fêtes ». Jetez un œil à la Fête des moissons de Chasse-de-Gar / Garhound de MOB dans
Les Guerriers du Soleil / Sun County pour d’autres idées et l’inspiration, ainsi que pour des règles de courses et concours.
[Notes: les exemples données s'appliquent dans un contexte d'un festival ayant lieu avant le Réveil du Dragon, sous l'Occupation Lunar, vers 1620]
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Le Festival de Fertilité de la Nouvelle Flamme
Il commence le jour du Gel, semaine de la Fertilité, saison de la Terre, et dure sept jours. C’est une célébration des moissons dédiée à Ernalda, et un puissant rituel pour assurer la fertilité de la Terre l’année suivante. Lodril occupe une place croissante depuis quelques années, sans doute du fait du renforcement de la présence pélorienne.
Le festival naquit comme fête commune des tribus Vantaros et Tovtaros. Il fut toujours fortement marqué par les pratiques et croyances tarshites. Plus récemment, il est devenu un « champ de bataille » rituel à peine contenu entre les Vantaros solar et lunar, et les Orlanthi traditionnels des Tovtaros ; un mélange enivrant d’intrigues familiales et cultuelles sur fond d’affrontement tribal, culturel et religieux. Le tumulte et le désordre du festival offrent, on s’en doute, une occasion parfaite pour meurtres, vengeance, intrigues… et rébellion possible.
Le festival fut annulé trois ans après le Vent Vertueux (1611). Les mauvaises récoltes qui suivirent amenèrent sa rétablissement, bien qu’Harvar Poing-de-Fer cherche chaque année un prétexte pour le transformer en fête des moissons solaire tarshite plus « posée ».
Des hommes de tribu de tout Lieu lointain et de Solitaire encombrent la cité. Marchands et filous y affluent aussi. Des Promises de la Hache mreli côtoient des dames de la société de Bout-du-monde et des marchands Argan Argar. Des espions lunar observent les rebelles orlanthi. Chamanes des broussailles et Kolating se réunissent pour des joutes magiques.
Des troupes supplémentaires sont toujours en service pour le festival. Ce sont surtout des irréguliers lunar du Tarsh, facilement emportés par l’esprit de fête. Il y a aussi une escadron de cavalerie d’élite entièrement féminin issu de Trois Fois Bénie (dont le seul point faible est la participation de leur championne à la course de chevaux), et une escouade assez nombreuse de mercenaires du Comté du Soleil qui s’évertuent à intervenir pour gâcher la « sale décadence ». Bien sûr, il y a toujours quantité de lunar hors service du camp Brûle-vache et des entrepôts de l’intendance générale. Les Lunar fermeront les yeux sur tout sauf les pires excès, comptant sur la foule pour administrer la « justice ». En revanche, l’activité inspirée par les rebelles est réprimée vite et durement.
Un peu de sang versé est attendu lors de tout festival, et il devient sacré pour la Terre. Comme il contribue à la fertilité continue de la terre, quiconque en verse est tenu pour chanceux (s’il survit).
Outre les Runes et statues, plusieurs symboles de Déesse revêtent une signification particulière durant la fête et dominent l’affichage et l’ornementation : triangle, sein, sein-vautour, vautour, taureau, abeille, sanglier, truie, papillon et hache. Ils sont pour l’essentiel d’origine tarshite.
(Les explications symboliques du triangle, sein, etc., sont traduites fidèlement : matrice, nourriture/richesse, cycle mort-régénération, Terre-mère, bucrane, abeille et taureau, sanglier charognard, truie sacrée de la Déesse enceinte, papillon et double hache en double triangle.)
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Le Festival (Déroulement Urbain)
Alda-Chur est une cité tentaculaire et branlante, dotée de murs et de temples plus récents et bien pensés. Le fossé entre nantis et déshérités est grand. Elle est gravement surpeuplée pendant la fête — tentes et feux de camp partout !
L’argent et l’échange commercial ne jouent qu’un très petit rôle. Les événements d’élite coûtent cher, mais c’est surtout pour tenir les ramasse-bâtons à distance, et les fonds vont aux coffres des temples. La motivation est rituelle et sociale plutôt que commerciale.
Les rues crasseuses se parent de décorations et de torches. On force les mendiants à nettoyer et désherber les pires ruines et taudis. De minuscules figurines d’argile ornent fenêtres et murs. Des plateaux de grain attirent les oiseaux (« esprits »). Tapisseries familiales et de temple pendent des balcons. Statues cultuelles et de clan sortent des temples pour aller dans la rue. Les symboles de Déesse mentionnés plus haut sont partout. De nombreuses statues lunar sont aussi exposées ; on peut les défigurer au fil des jours, quoique certaines renferment des esprits. Des gerbes de fertilité surmontent chaque porte — « un baiser pour la chance ». Échoppes et tables grossières encombrent la place du marché.
Tout participant doit avoir dans ses poches une pomme et un œuf teint en rouge. Il doit entrer dans la cité en rampant à genoux et mains par la porte orientale « vulvaire ».
« Un don pour la Déesse / Une culbute pour la chance / Lodril avec son feu / Toute la terre donne le sein. »
Le bruit est infernal. Cornets et coquillages soufflés par des gamins, ménestrels de rue, joueurs de flûte-serpent, cornemuses (cornemuses walkti !), siffleurs, camelots, cacophonie de récitals et concerts improvisés. Tant de gens — plus que certains villageois n’en verront de leur vie ! — et si peu de parenté ! Chacun porte un masque ou une cagoule : des pièces d’argent et d’or du temple jusqu’à des haillons puants.
Mieux vaut ne pas parler de l’odeur.
Les thanes se frayent un cheval à cheval à travers la foule, tandis que prêtresses, prêtres et beautés locales défilent sur des charrettes grossières, parfois transformées en « chars » et tirées par des bœufs sacrés ou d’énormes truies. Récemment, d’incroyables « chars de Déesse », patronnés par les temples lunar, ont commencé à apparaître. La procession des chars entre les temples devient de plus en plus violente : des Orlanthi désespérés cherchent à gâcher le rituel ; certains tenteront même de « profaner » le char portant la faucille lunaire de leur propre sang en se jetant sous les roues.
Nul ne peut nier qu’il faut se méfier de ce que l’on fait et dit. Un banal « Par la lance fidèle d’Elmal ! » peut vous valoir arrestation ou lynchage dans certains quartiers. Un aussi banal « Par la froide lumière de Yelmalio ! » peut vous valoir un coup de couteau dans le dos ailleurs, surtout après la tombée de la nuit. Prudence !
Au fil des jours, fantômes et esprits se mettent à arpenter les rues. Les statues des temples s’animent — parfois un bref instant, parfois pour se mêler tout entières (un peu raides) aux célébrations.
Chaque jour à midi, une cloche annonce le début des festivités et la pleine licence jusqu’à l’aube suivante. Pendant ce laps, la plupart des normes de conduite sont ignorées ou renversées.
Chaque soir, les activités formelles se closent par un défilé de chevaux sur la grande place et des rites publics devant les temples — en général interprété comme le signal pour que la fête « sérieuse » commence.
La salutation ordinaire devient « à la mort », ou « Mort sur toi bientôt ». Le sens renvoie au cycle mort-renaissance de la terre : la mort annonce une vie nouvelle. (Humakt seul sait ce que se disent les frères de l’épée.)
Les femmes peuvent importuner et même agresser les hommes, les harceler, entreprendre des séductions audacieuses et publiques, etc. Maris tyranniques, adultères notoires, ivrognes, etc., peuvent attendre la rouste des femmes de la cité.
Beaucoup cherchent à renverser leur apparence — hommes en femmes, riches en pauvres, guerriers en marchands, etc. Presque tous portent un masque. Les codes vestimentaires orlanthi, d’ordinaire pudiques et conservateurs, sont bouleversés — du moins une fois les enfants couchés. Les femmes affectionnent d’outrageants cache-sexe phalliques, sacrés à la Déesse. Hommes et femmes s’habillent « indécemment » ou ne portent qu’une cape ou une peau d’ours, ou se déguisent en hermaphrodites (l’équivalent gloranthien ? Uleri ?). Pas à prendre à la légère — il commence à faire sacrément froid !
Beaucoup « quêtent » — une friandise, un baiser, ou quelque chose de plus intime. Les mendiants de métier deviennent percepteurs d’impôts, et refuser le « démon de la taxe » porte très malchance !
Tous les repas doivent commencer par des œufs et finir par des pommes. Des fèves doivent figurer à chaque repas en raison de leur lien avec la régénération. La boisson du festival est un vin rouge doux et miellé nommé « haoma » ou « Sang de la Déesse ». De larges libations doivent être aspergées sur le sol en buvant.
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Divertissements
Pour l’essentiel, on ne vient pas pour être diverti passivement, mais pour participer et se défouler. Les PJ doivent assumer leur part de spectacle ! La plupart des jeux sartarites évoqués dans mon premier post sur les jeux seront de la partie.
Des « batailles » stridentes et hysteriques éclatent sans cesse à coups de seaux d’eau, faux outils agricoles, « haches » en carton sucré, ou (le plus souvent) « projectiles » de betterave caramélisée et d’amandes. Les marchands de friandises font fortune ! (Et bien sûr, il arrive qu’on lance quelque chose de plus lourd ou de plus mortel.) Les rues bondées accueillent des farces dramatiques improvisées liées à la fertilité ; d’autres formes relèvent du mythe ou de la satire politique — surtout le prince Yelmalio Harvar Ironfist, Fazzur l’Instruit et son prétendu lien avec Helena Lance-de-vérité, la faction Yanafal Tarnils de Lance-de-vérité, et les cotisations et retards du temple de guerre lunar pendant qu’Ironfist tente de détourner une partie des fonds vers son propre projet de temple Yelm.
Meurtres et vols burlesques d’inspiration Trompeur amusent la foule en courses-poursuites hilarantes — sans doute avec de vrais crimes au milieu. Danses spontanées, dont des danses de fertilité avec bâtons de jet (arme dangereuse). La danse du vent est illégale mais populaire — moins chère que l’alcool ! Les « danseurs » tournent sur eux-mêmes jusqu’au vertige. Elle est mal vue non seulement pour son rapport orlanthi, mais aussi parce qu’elle mène souvent à des transes extatiques et à des « prophéties » séditieuses. Danses sur corde et Antic Heys aussi. « Hey nonny nonny, hey derry down ».
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Ces deux formes de danse viennent du folklore anglais de la Renaissance et de l'époque élisabéthaine :
La danse sur corde (Rope dancing) désigne en réalité ce qu'on appellerait aujourd'hui la funambulisme ou acrobatie sur corde, voire la danse à la corde à sauter en groupe. Au XVIe-XVIIe siècle, c'était un divertissement de foire, souvent associé aux saltimbanques et aux troupes itinérantes.
L'Antic Hey (ou Hey tout court) est une figure de danse folklorique dans laquelle les danseurs s'entrelacent en formant des chaînes, se croisant et se dépassant selon un motif en zigzag ou en spirale. Le mot antic évoque le côté bouffon, grotesque, un peu anarchique du mouvement. On le retrouve dans les Morris dances et autres danses villageoises anglaises. Le refrain « Hey nonny nonny, hey derry down » est justement un air traditionnel associé à ces danses populaires, présent notamment chez Shakespeare.
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Des « moots / assemblées » de rue où des « Sages gris » et des « porte-parole de la loi » taxent et condamnent tout le monde pour des crimes absurdes (souvent séditieux et politiques, quoique très drôles). On inculpe les hommes d’impuissance, les jeunes femmes du nombre de leurs amants. Accusations politiques et personnelles très tendues sont aussi proférées « pour rire ».
On peut exhiber publiquement des bêtes exotiques ou magiques. Des combats d’animaux ont lieu dans certains quartiers — rubblers (coureurs des gravats ?), vautours rouges, coqs, parfois ours ou mise à mort d’Uz. La mise à l’ours est techniquement illégale, car l’animal est l’emblème sacré de la tribu des Tovtaros. Cependant, des Tovtaros tentant d’empêcher ces jeux ont eux-mêmes été jetés aux chiens.
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Événements Formels
- Jour Un : Jour du Gel
Les dieux de la cité parcourent les limites et « scellent » la ville. Des criminels (de préférence des Orlanthi de haut rang) sont exécutés ou sacrifiés à chacune des portes de la ville sur des roues ardentes. S'élève alors le cri : « Qu'il sorte la faim, qu'il entre santé et richesse ! Déesse, prenez-nous : le mal n'est plus ! » Une cérémonie de mariage unit Yelmalio (en tant que dieu de la cité) et Ernalda. L'Archi-Prêtresse de la Terre prend publiquement le bain sacré qui lui rend jeunesse et virginité. Des cerises (ordinairement taboues) sont distribuées aux spectateurs.
Au coucher du soleil, des chevaux de course défilent dans les rues, tapissées de gerbes de grain. Les Rituels du Grand Temple commencent sur la place du marché. À minuit, le Roi et la Reine Trompeur sont couronnés (le Roi peut être une femme, etc.). Les esprits commencent à apparaître.
- Jour Deux: Jour de l'Eau
L'Homme des Ténèbres est chassé de la cité après un combat rituel ; une statue de bois à son effigie est renversée et brûlée. Des combats désignent le nouveau Champion de la Cité (qui peut être une femme issue des cultes guerriers de la Terre). Une Divination publique choisit la Reine de la Terre (un rôle de godi). (Étonnamment, lorsque le Champion est une femme, la Reine de la Terre choisie est le plus souvent un homme.) « Cette femme est l'autel du Ciel. »
Au coucher du soleil a lieu la course annuelle de chevaux à travers les rues tortueuses et bondées de la cité. Cet événement sacré est très dangereux pour le cheval, le cavalier et les spectateurs. Ensuite vient la Grande Parade des images de temple et des objets sacrés, dont le Phallus sacré retiré de sa place sous l'autel du Temple de la Terre. La parade est menée par des statues des déesses de la Terre et de leurs époux. Suit le Festin de l'Amour.
Après la Grande Parade, par une loi immémoriale, tout le quartier des temples est scellé aux hommes, sous peine de mort. Portes et fenêtres de ce quartier sont fermées par des nœuds sacrés. Des Promises de la Hache de Babeester Gor, armées, patrouillent dans les rues, secondées par une cavalerie lunar féminine. Dans le Bosquet sacré près du Temple de la Terre, des vierges choisies, d'un certain âge, accomplissent un rituel secret et saint. On murmure qu'elles descendent un trou dans la terre, vêtues de tuniques et de manteaux de lin blanc, portant sur la tête quelque chose que leur a remis la Prêtresse de la Terre. On chuchote aussi que ni les vierges ni la Prêtresse ne savent ce qu'elles portent, car c'est recouvert. On murmure enfin que les mystères qui s'y révèlent sont d'une grande puissance et profondément érotiques — mais qui peut le dire ? Aucune femme de la cité n'en parlera, c'est certain.
Dans les heures qui précèdent l'aube, les Promises revêtent de robes tricotées multicolores les statues publiques de la Déesse. Quiconque les voit à cette tâche doit détourner les yeux. Il arrive qu'on trouve des cadavres d'hommes sur les marches du Temple de la Terre — peut-être des insensés sacrilèges qui ont tenté d'espionner les mystères.
- Jour Trois: Jour de l'Argile
Couronnement du Champion de la Cité. Triomphe du lauréat de la course, suivi de la vente aux enchères des chevaux. Sacrifices de la moisson. « Reçois, ô Mère, ce qui fut pris de ton corps. » Le Festin des Actions de grâce : traditionnellement, les chefs de maison invitent un étranger. Parade de la nouvelle Reine de la Terre et rituel de « mariage » avec le Champion de la Cité. « La Terre noire pour épouse je pris. »
. Jour Quatre: Jour du Vent
Jour de calme relatif, mais de grande tension. Les rituels orlanthi publics qui dominaient autrefois ce jour ne sont plus célébrés. Les Orlanthi accomplissent en secret, dans leurs foyers, le rituel de la Cour faite à Ernalda et tentent d'appeler l'orage. Les esprits sont ce jour à leur apogée et apparaissent souvent « en chair et en os » pour se mêler à la foule.
. Jour Cinq: Jour du Feu
Allumage des Feux de Lodril. Fête ouvrière des Jeux, patronnée par les guildes de la cité. Bénédiction de la Bière et Ouverture des Jarres. Les thanes se réunissent pour les Cérémonies solaires du Commandement. Activités familiales le jour, fêtes et échanges de cadeaux au crépuscule ; excès ulériens à mesure que la nuit avance.
. Jour Six: Jour Sauvage
Léger tremblement de terre à l'aube. Des prêtresses-guerrières de la Terre (Maran Gor et Babeester Gor) défendent la terre dans des combats rituels. Le Taureau sacré (paré de symboles et d'objets sacrés) et de grands sangliers (Tuskers) sont lâchés pour s'ébattre dans les rues de la cité. Les Tuskers doivent être tués ; le taureau est conduit jusqu'à la place principale par des bouviers désarmés. Là, après les rituels des danseurs du taureau, il est sacrifié au combat contre le Champion de la Cité. (Parfois le taureau l'emporte.) Le taureau (ou le Champion) est ensuite somptueusement enseveli.
. Jour Sept: Jour des Dieux
Dans le Temple de la Terre, la Grande Truie met au monde miraculeusement les totems de l'année : une truie, un veau-taureau, et l'œuf soit d'un faucon (solaire), soit d'un Oiseau-tonnerre (Vent). La truie et le taureau participeront aux fêtes futures ; l'oiseau, qui éclora au Temps sacré, sera relâché. Banquet de Lodril des Viandes rouges. Bataille simulacre sur la place principale. Combats rituels entre le Champion de la Cité et les dieux « ennemis » (dont Orlanth). Bénédiction par les diverses prêtresses et parade des limites de clôture.